The Deep / Les Abysses
Oui, des formes abjectes grouillaient sur la surface de cette mer visqueuse.
Adam Biles
Manon Rousseau

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La Houle
LAH-06
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IMAGES

La région d’Angleterre où j’ai grandi ne peut se
comprendre que par sa relation avec la mer, par ses hordes de vacanciers
estivaux, ses pêcheurs et ses navires qui laissaient des sillons
écumeux dans le port lorsqu’ils quittaient la terre ferme pour des
semaines, voire des mois. Enfant et adolescent, la mer m’attirait comme
un aimant. Pour les marches en famille, les fêtes tard dans la nuit, les
premiers tâtonnements d’une sexualité bourgeonnante, les
réconciliations, les ruptures, pour les moments de solitude méditative
et souvent complaisante – les visites près de cette frontière séparant
la sécurité de la vie quotidienne du danger, du tumulte et de
l’obscurité donnait de l’allure et de la profondeur à l’existence. À
quatorze ans, je suis allé au bord de la mer pour mon premier baiser. À
dix-neuf ans, je suis allé au bord de la mer après que mes parents m’ont
annoncé leur divorce.

Bien plus tard, écrire sur la mer est devenu un besoin. J’ai écrit Les Abysses en automne 2008, lors de ma troisième année à Paris. Je soupçonne cette attirance pour la mer d’être une réaction à la claustrophobie de la vie dans la capitale, sans vue sur la mer ni ligne d’horizon. Je n’ai jamais été attiré par la mare tiède et stagnante de la Méditerranée – lieu de villégiature annuel de mes compatriotes –, mais par les vraies mers, des océans plus grands que les continents, où les vagues hautes comme des montagnes paraissent minuscules comparées aux profondeurs salines qui grondent en dessous.

J’ai toujours traité mes sujets en autodidacte, tissant des liens qui échapperaient peut-être à des esprits plus sophistiqués et méthodiques. Les lectures vastes et non structurées provoquent des accidents heureux, et ont produit jusqu’ici des chimères inédites, des images et des métaphores génétiquement douteuses qui la plupart du temps implosent grossièrement dès la naissance, mais qui parfois survivent, et continuent clopin-clopant leur propre existence singulière. Si ces Abysses étaient bien élevées, elles tireraient leur chapeau englué d’algues à tout un éventail d’influences : les perturbateurs de la langue – Herman Melville, J.G. Ballard, Jorge Luis Borges, Jack London, Ernest Hemingway, James Frazer et Bob Dylan ; les perturbateurs de la pensée – Platon, Thomas More, Sigmund Freud et Karl Jung ; les marines d’Emil Nolde ; David Attenborough et la BBC. Mais ce serait probablement trop exiger de ces pages quelque peu turbulentes.

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Avec des dessins de Manon Rousseau, traduction de Jean-François Caro, imprimée chez AJM, Bruxelles.

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INFOS

Langue: Français - Anglais
Date de publication: 10 oct. 12
Format: x 20 x 13.7 cm
Poids: 55 gr.
Nombre de pages: 26