De(s)générations N°24
corps, postures, procédures
Giorgio Agamben
Philippe Artières
Alexandre Costanzo
Daniel Costanzo
Hippolyte Hentgen
Manuel Joseph
Fabrice Lauterjung
Marie-José Mondzain
Olivier Mosset
Frank Smith

Prix 12.5 €

Huguet éditeur
HUG-24
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IMAGES

Corps, postures, procédures : à travers ces trois termes, on pourra répertorier des technologies de l’ordre caractérisant notre époque mais surtout définir des écarts, des échappées ou des décentrements. C’est ainsi que le philosophe Giorgio Agamben décrit la situation actuelle en démontrant l’impasse de la relation entre État et terrorisme, que Marie-José Mondzain bouleverse notre représentation des corps dans l’espace commun tandis que les philosophes Daniel et Alexandre Costanzo, dans un hommage à la cinéaste Chantal Akerman, décrivent la façon dont ses personnages déplacent, bousculent, réinventent le monde. Et si par ailleurs, l’historien Philippe Artières nous plonge dans l’univers de la prison ou que Frank Smith, à travers un poème objectiviste, restitue des séances d’interrogatoires à Guantánamo, il revient à l’écrivain Manuel Joseph de nous proposer le portrait d’un homme, dans son appartement, livré à sa pathologie de l’ordre, du nettoyage – une pathologie dans laquelle on reconnaît peu à peu notre société. Ce sont là quelques-uns parmi les paysages que propose ce numéro de la revue De(s)générations : des tableaux, des situations, des scènes de la pensée qui déplacent notre rapport aux choses et au monde.

Editorial



Il revient à Michel Foucault d’avoir circonscrit à la fin du siècle dernier un territoire singulier en identifiant toutes sortes de technologies de l’ordre – des institutions, des discours ou des pratiques, des fables sociales, des disciplines et des consentements – qui collent au corps et à l’âme de tout un chacun. Il participait ainsi à une tradition critique inquiétant ou bouleversant les édifices soutenant un certain usage du monde. Car il mettait très exactement le doigt dans ce qu’il y a dans nos gestes, nos paroles, nos attitudes ou nos pensées, il identifiait des débordements, des à-côtés ou des régions incertaines pour proposer des écarts. Autrement dit, si la « terre » semble bien en place sous nos pieds et dans nos têtes, elle laisse pourtant entrevoir des fissures dans la façon dont des évidences se sont constituées, dans nos manières d’être, de voir, d’entendre, de parler ou de faire. Foucault s’immisce dans ces failles – des creux, des excès ou des défauts – car si c’est là bien souvent que s’articule un discours, ce sur quoi il se soutient, c’est peut-être aussi son point d’effondrement.
« Corps, postures, procédures », c’est aujourd’hui à travers ces trois termes que nous entendons à nouveau soulever le problème pour circonscrire des technologies de l’ordre, décrire les formes contemporaines de disciplines et formuler des constats à propos du temps présent. Il s’agira donc d’identifier des procédures induisant des postures, définissant un usage de l’espace, du temps, des langages, la disposition de nos corps comme de nos pensées. Mais ces trois termes, il s’agit surtout de les percevoir comme des opérateurs, des points de bascule, de les conjuguer autrement pour repérer là encore des écarts, des inventions ou des décentrements. Or tout cela, dans un passage fameux de L’Éthique, Spinoza le formulait autrement en affirmant que « nous ne savons pas ce que peut un corps ». Nous ne savons pas ce qu’il peut, cela signifie aussi que nous savons au moins qu’il peut. Ce sont ces puissances que nous entendons indexer.
Ce numéro de De(s)générations se profile ainsi à la suite et en ricochet de quelques autres comme Démocratie/démocrature, Pour un communisme, Utopie insurgeante, Figures figurants, Vies anonymes, Violence et politique, La part de la plèbe, dans lesquels on découvrira au fond une même interrogation : pourquoi acceptons-nous de vivre selon de tels principes d’ordre alors que tout porte à croire que nous pouvons faire différemment ? Les descriptions de ces principes, l’identification de mécanismes comme de leurs présupposés, sont accompagnés d’une carte qu’il nous appartient de renouveler : celle de nos possibilités.

Alexandre Costanzo, Daniel Costanzo, Philippe Roux

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Rédacteurs du n°24 : Alexandre Costanzo, Daniel Costanzo et Philippe Roux

Rédacteur en chef : Philippe Roux

Comité de rédaction : Jean-Marc Cerino, Alexandre Costanzo, Daniel
Costanzo, Camille Fallen, Michel Gaillot, Jean-Baptiste Sauvage, Xavier
Vert, Arnaud Zohou
INFOS

Langue: Français
Date de publication: 28 fév. 16
Format: 15 x 21 x 1 cm
Poids: 145 gr.
Nombre de pages: 96
Issn: 1778-0845