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Chic Médias collection Desseins
La Nuit
Jérôme Mallien
10 octobre 2016
Le Japon est un pays qui n’existe pas. Je le sais, j’y vis. Nous nous condamnons donc, lui et moi, au semblant, au simulacre, à la fiction. Quelle fiction plus répandue que celle du rapport sexuel, dont on sait pourtant désormais que de ça non plus, il n’y en a pas ? Ce petit livre va donc user du manga et de la représentation pornographique, et volontiers de la moins défendable, pour tenter de dire quelque chose de son auteur et du monde qui l’entoure, l’enserre, le tue. Il ne prétendra ni à la beauté, ni à la littérature (quoique la littérature y aie son mot à dire), ni à la trangression, ni à rien - sinon à l’exactitude. Tous les personnages évoqués existent ou ont existé, comme les situations décrites. On voit le paradoxe. "yoru ", en japonais, signifie " la nuit". Y verra-t-on plus clair qu’en pleine lumière ? Jérôme Mallien
33 EUR
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Je vois d’abord ce livre en négatif. Ce qu’il n’est pas : un essai sur le sexe et sa perception au Japon (l’admirable bouquin d’Agnès Giard « L’imaginaire sexuel au Japon », paru chez Glénat, fait à peu près le tour de la question), une étude sur le shibari (dont on parle ici très peu, et jamais dans sa dimension « technique »), une vision fascinée et folklorisante du trash nippon dans les formes du manga.
Je ne suis en rien un spécialiste du Japon, ou du manga, ou du BDSM, ou de quoi que ce soit d’autre.
Je veux bien me présenter comme un dillettante, ou un amateur. Des circonstances amoureuses font néanmoins que je vive et travaille là-bas, non loin d’Osaka, avec une femme à qui le livre est dédié. Le Japon est un pays qui a beaucoup de vertu, mais à l’égard d’un Occidental, je crois que la première d’entre elles est qu’elle le réduit au silence, quand on sait combien nous sommes bavards. « La Nuit » peut être défini comme la chronique de ce silence ; et de ce qui l’occupe, à tous les sens du terme.
Il y a eu deux parti-pris de départ.
Le premier, c’était d’être ostensiblement cul. L’érotisme chic, avec son petit bazar gentiment fétichiste de lèvres entrouvertes et de porte-jarretelles noirs, m’a toujours fait chier. Ce qui me paraît bandant et intéressant dans une relation SM ou tendant au SM, ce n’est pas la quincaillerie, c’est la relation. J’aime bien la pornographie, et volontiers la plus basse, sans me sentir obligé de légitimer cette appétence par je ne sais quelle argutie conceptuelle. Et rendre le sexe joli, ou beau, ou esthétique, ou je ne sais quoi, ça me paraît le mensonge par excellence. Le manga porno, qui constitue là-bas une production phénoménale, s’est donc imposé comme matière première visuelle et graphique : par son mélange de sophistication et de trivialité, par son dynamisme ou sa violence, par son opacité aussi liée à celle de la langue. Par ailleurs, je ne suis pas plasticien, ni artiste (« Les rues sont pleines d ‘artistes, annonçait le prophétique Arthur Cravan à l’orée du XXe siècle, il sera bientôt impossible d’y trouver un honnête homme »), ni rien. Il a donc fallu que je fasse avec ce rien, d’où le choix de traitements graphiques « pauvres » : déchirures, lacérations, carbonisations, agrandissements extrêmes (les trames des mangaka sont souvent admirables), froissements, recadrages forcés. Il se révèle que le manga est très « wabi », cette notion japonaise qui définit la nature d’un objet ou d’un environnement dont la beauté est dans le vieillissement, l’usure, l’estompement, le passage du temps – tout cela ne le dégradant en rien, mais lui conférant à l’inverse une dimension de mélancolie qui révèle sa vraie nature. J’espère que ce bouquin est un peu wabi…
Le second parti-pris, c’est celui d’un texte qui emprunte à la fois à l’expérience personnelle (toutes les personnes et toutes les situations sexuelles évoquées existent ou ont existé), à la mémoire historique (il me paraît idiot et quasi-indécent d’évoquer ce pays sans l’ombre portée d’Hiroshima et de Nagasaki), et aux littératures française,  japonaise et parfois chinoise. S’y croisent Proust et Sôseki, Tchouang-tseu et Lacan, Debord et Sei Shônagon, Tanizaki et d’Aurevilly. La plupart des citations cependant ne sont pas sourcées, sinon en fin de volume : c’est un flux d’informations de natures diverses, mais qui ne s’appuient sur aucun argument d’autorité.
Il y a aussi quelques détournements, et les situationnistes n’en sont d’ailleurs pas absents.
Tout ça fait une petite cuisine, ou même une petite marmite, et j’essaie d’en faire une chronique sexuelle et émotionnelle, un exercice de mémoire, une élégie cul. L’auteur a fait ce qu’il a pu et, comme on concluait en d’autres temps : « Pardonnez-lui ses fautes ».
J.M.

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Dossier de presse
1.89 MB
tag(s)
Art Japon Littérature Manga pornographie Chic Médias Mallien, Jérôme partager

INFORMATIONS
langue Français
16,7x22cm
138 p.
poids 350 g.
isbn 978-2-954485-25-6
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