panier
Votre panier est vide
éditions Form[e]s
Un choix de Meyer Schapiro
My Lai, Guernica, le Moma et la gauche dans le monde de l’art, 1969-1970
Francis Frascina, Gauthier Herrmann
15 janvier 2014
Introduction : Cet essai traite d’un moment particulier de l’histoire des contradictions de la gauche américaine. Mon point de départ, simple manière de commencement, est une lettre de « refus », datée de février 1970 et signée Meyer Schapiro, éminent historien de l’art, critique et théoricien dont les liens profonds avec la Vieille Gauche [The Old Left] remontaient aux années trente. Sa lettre venait en réponse à une invitation faite par des artistes et des écrivains de la jeune génération qui cherchaient à se fédérer pour protester contre le massacre de My Lai au Vietnam. J’aimerais ici interroger en quoi le « sans moi » de Meyer Schapiro ne fut pas seulement une prise de position individuelle mais aussi un énoncé social : un énoncé qui marqua une résistance à la fois aux actions politiques et aux croyances socio-culturelles de ceux qui étaient à l’origine de l’invitation et à toute remise en cause de l’idée qu’il se faisait des réalisations et du statut institutionnel du modernisme. À travers cet acte de résistance, Schapiro fut-il rattrapé, comme beaucoup d’autres, par la complicité, habituelle dans l’Histoire, avec les forces et les acteurs d’un système économique et politique qu’il abhorrait ? Un tel paradoxe était commun chez ceux, au sein de la gauche traditionnelle, qui voyaient dans la Nouvelle Gauche [The New Left] des années soixante une menace pour certains acquis de la culture démocratique libérale, moderne et progressiste des États-Unis, que l’ancienne génération envisageait comme les résultats de la lutte. Quels sont les effets de disparition et de refoulement, de complicité et de conformisme dans ces tentatives de préserver les acquis revendiqués par le modernisme et la modernité ? Mon intention ici est d’interroger un cas précis parmi les manières dont certains désirs et refoulements inconscients interagissent avec l’organisation sociale lorsqu’il s’agit de produire du sens et de réunir les conditions nécessaires à l’action. Pourquoi Schapiro ? Ses origines comme ses actions en ont fait l’un de ces intellectuels juifs new-yorkais imprégnés des traditions politiques révolutionnaires dont on a souvent fait remarquer qu’elles étaient au coeur de la Vieille Gauche. Né en 1904 en Lituanie, Meyer Schapiro a émigré avec sa famille aux États-Unis en 1907 et s’est fait naturaliser en 1914. Étudiant brillant, il s’inscrit à l’Université de Colombia à l’âge de seize ans, achève une thèse de doctorat sans précédent sur l’époque romane avant de passer le reste de sa vie professionnelle comme professeur à Colombia puis à la New School for Social Research. Bien qu’il n’ait jamais été membre du Parti Communiste, il a gardé des liens très étroits avec lui et l’a assisté de maintes manières pendant les années trente. Il a participé à la fondation, et à la présentation en 1936, du Premier Congrès des Artistes Américains, établi dans le cadre du Front Populaire. Ses « Fondements sociaux de l’art » sont devenus un texte majeur sur la nécessité pour les artistes de s’allier à la classe ouvrière révolutionnaire. Sympathisant trotskyste, il a joué un rôle éditorial majeur dans le fugace Marxist Quarterly, pour lequel il a écrit un long et important essai sur la « Nature de l’art abstrait » (1937). Schapiro a contribué à plusieurs journaux de gauche dont la Partisan Review dans laquelle son débat « à sensation » avec Sydney Hook fut publié en 1943. Il fréquenta Theodor Adorno lorsque ce dernier était à New York et se rendit à Paris pendant l’été 1939, à la demande de Max Horkheimer qui l’avait chargé de persuader Walter Benjamin d’émigrer aux États-Unis. Après la guerre, Schapiro poursuivit le développement de ses analyses marxistes originales, publia des articles majeurs, dont une défense de l’Expressionnisme Abstrait dans « L’Aspect émancipateur de l’art d’avant-garde » (1957), et resta politiquement engagé dans la tradition des intellectuels de gauche des années trente comme Irving Howe et Sydney Hook. Traduction : Gauthier Herrmann Conception Graphique : Grégory Ambos & Wayne Daly Francis Frascina est Professeur Émérite John Raven pour les arts visuels à l’Université de Keele en Angleterre. Il a auparavant enseigné dans le domaine des Beaux-Arts à l’Université de Leeds et en histoire de l’art à l’Université Ouverte. En 1999, il était professeur intervenant du département d’art et d’histoire de l’art de l’Université de Duke (en Caroline du Nord) et en 2001 et 2002, professeur invité en résidence à l’Université de Duke et lauréat du AHRB Research Leave Award. Il a également été lauréat du Leverhulme Trust Research Fellowship 2004–2005. Son objet de recherche comprend notamment l’histoire sociale de l’art moderne et du modernisme ainsi que les relations entre l’art, la culture et la politique en Amérique depuis 1945.
14.5 EUR
+ expédition
AJOUTER AU PANIER

 

0 commentaire

tag(s)
Art Essai éditions Form[e]s Frascina, Francis Herrmann, Gauthier partager

INFORMATIONS
langue Français
11.5x18.5cm
114 p.
poids 120 g.
isbn 978-2-954479-10-1
code barre
code barre