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éditions • le clou dans le fer collection Hors collection
J'étais mort
Grégoire Korganow
10 septembre 2010
Les photographies que Grégoire Korganow a prises pendant un an aux côtés du SMUR de Gonesse tracent les contours d’une expérience – instant de la mort, éclipse de la vie – qui se dérobe à ceux qui la traversent. Accidenté en 2007, réanimé par une équipe d’urgence, il a lui-même vécu cette énigme du temps suspendu entre la vie et la mort. Il a fallu aller y voir. Le mystère reste intact. • Presse "La mort en face" par Christian Ingrao J’étais mort… Rarement livre aura aussi clairement porté son titre, comme un oriflamme; rarement livre aura ardé si sombrement sur le quotidien d’une société occidentale oublieuse des fins dernières et de l’urgence. Entre une esthétique qu’il est inutile d’essayer de « classer » — le pire service que l’on pourrait rendre à l’ouvrage — et un univers référentiel si riche que l’on est bien en peine d’en tracer les contours, Grégoire Korganow se fait le photographe du paroxysme interstitiel à une société française que l’on ne voit plus de la même façon après. Paysages, séquences, protagosistes se succèdent devant nos yeux au long d’une soixantaine de photographies en noir et blanc accompagnées de textes, serrés comme un carnet de guerre. Grégoire Korganow a fait ses premiers pas de reporter en 1992 en suivant les mutations de l’ancien bloc soviétique, en Russie, en ex-Yougoslavie, en Albanie. En 1993, il débute une collaboration de près de dix ans avec le quotidien Libération. Son œuvre photographique témoigne avec engagement et sensibilité de multiples aspects du temps présent. Dernièrement, il a réalisé une série de portraits de pères avec leur fils?; un travail intime sur le temps, la filiation, et leurs traces sur les corps. Accidenté de la route en 2007, il décide de s’intéresser à ceux qui alors le sauvèrent... Grégoire Korganow traque le trauma dans une société qui lui assigne des espaces et des séquences temporelles pour mieux le refouler: l’espace, en l’occurrence, ce sont ces banlieues nord de Paris, terres de toutes les rêveries paniquées des élites parisiennes, lieu du quotidien d’1,5 millions d’individus qui y naissent, y vivent, y aiment, s’y déchirent et y meurent. Le temps, c’est celui du terrain (une année passée à accompagner les équipes du SMUR de Gonesse en intervention), c’est surtout celui des seuils, en l’occurrence, cette lame de rasoir du dernier souffle de vie, la sueur des massages cardiaques, le bruit des scies qui désincarcèrent les tôles de la violence routière, l’odeur des corps morts abandonnés et découverts si tard, les larmes et les hululements de ceux qui entrent en béance, la sidération, aussi, de ceux qui font le choix d’en faire leur métier, d’être là, à ce prix-là. La force subversive de J’étais mort ne tient-elle pas en ce que ce sont tous les sens du lecteur qui sont mis en jeu dans sa lecture et la contemplation de ses photos ? Et si l’on devait comparer les photos de Grégoire Korganow à la peinture de Georges de la Tour, comme le négatif de celle-ci ? La Tour, qui vécut dans la Lorraine de la Guerre de Trente ans, celle de la peste et des mercenaires; le peintre, donc, de ce que Johan Huizinga appelait «l’âpre saveur de la vie», transfigurait cette dernière en jeux d’ombres et de lumières. Face à la submersion de l’événement — rappelons qu’entre 1618 et 1648, 90% de la population germanique est couché dans la tombe par la guerre de Trente ans et les « malheurs du temps » — La Tour répondait par le refuge dans la peinture de l’Écriture. Grégoire Korganow, lui, mène le chemin exactement inverse : face à une société tellement craintive de ses fêlures qu’elle les a refoulées dans un recoin — en l’occurrence, la fin de vie, l’habitat, l’hôpital, l’ambulance, la « banlieue », les urgentistes du SMUR et les pompiers —, Grégoire Korganow se poste à l’exact lieu où l’on peut, peut-être pour la dernière fois, les regarder et les regarder bien en face… Face à une société qui voudrait éviter, Grégoire Korganow révèle. Et transfigure le paroxysme en une série de photographies d’une insondable beauté, parfois quasi christique. J’étais mort est aussi un livre de textes, bouleversants, qui ont été servis par le magnifique travail des éditions • le clou dans le fer, petite maison champenoise dont la hardiesse et la radicalité trouvent ici une belle expression. La silencieuse leçon des deux artistes — car je doute qu’ils adhéreraient au présent texte — a été formulée par René Char, le poète-guerrier, qui contemplait le Job de La Tour, dans son refuge de Céreste. Ce que nous disent La Tour et Korganow, c’est qu’ « au fond de nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté». Slate.fr, le 25 octobre 2010 Christian Ingrao est directeur de l’Institut d’Histoire du Temps Présent. Il est notamment l'auteur de Croire et Détruire — Les intellectuels dans la machine de guerre SS, Fayard, 2010. "L’essai du jour" par Philippe Petit En avril dernier, vous vous en souvenez peut-être, le discours de Martine Aubry sur « la société du soin » fit sensation. Il aura fallu ce coup d’envoi, pour que la presse s’empare du sujet. La réflexion sur les « nouvelles vulnérabilités » sortait enfin du bois, et il n’était plus possible d’en ignorer l’importance. Après la précarité, qui n’est pas simplement un sujet d’étude, le soin, devenait la pierre de touche d’une réflexion sociale à bout de souffle. Ce vaste débat n’est pourtant pas une idée neuve. Le « soin » pour être révélateur d’un monde de plus en plus porté par des inégalités rendues invisibles est une réalité de tous les jours. Les médecins urgentistes qui apportent comme on dit les premiers soins nous mettent en contact avec la fragilité de la vie. Ils nous dévoilent l’arrière-cour dans laquelle ils opèrent. Le photographe Grégoire Korganow dont on peut voir les clichés à Perpignan nous en fournit la preuve. Le soin, il connaît. Il est lui-même un rescapé. Il fut sauvé, suite à un accident de moto, par un service mobile d’urgence et de réanimation, plus communément appelé SMUR. Il a donc voulu payer sa dette et s’est fondu pendant un an dans les équipes du SMUR de Gonesse. Son livre s’appelle « J’étais mort ». Et comme le souligne le chef de service du lieu, ce n’est pas un livre de voyeur. Tout au contraire. Pour le réaliser, il a pris son temps. Il a photographié l’indicible, la misère, le désarroi, le cocasse, et il s’est fait écrivain pour accompagner ses images. Il a mis des visages sur ses mains et ses voix qui l’ont sorti du coma. Le résultat est étonnant. S’il n’était pas un photographe reporter, on le prendrait pour un portraitiste. S’il n’était pas un vrai photographe, on le prendrait pour un prosateur. Les scènes qu’ils fixent avec son objectif et racontent avec ses mots sont comme des trouées de lumière au milieu de nuages sombres. Elles ouvrent sur la misère et le néant de la condition humaine. Or une ouverture n’est pas une simple scène prise sur le vif. Pour être juste, une photographie doit à la fois se retirer du visible et se laisser voir. Soulager, parler, intervenir, tenter l’impossible, et conjurer le pire, cela peut se laisser voir. L’intensité des regards, la précision des gestes, le rendu de l’atmosphère, cela peut se laisser capter. Mais comme le visible est cousu à l’invisible, il faut que ce double mouvement se perçoive. C’est ce qui se passe avec les photos de Grégoire Korganow. Les médecins, les infirmiers, les pompiers, sont à pied d’œuvre, ils fixent le malade, et ce qu’ils ne voient pas forcément dans l’action, nous le devinons à leur place. Qu’est-ce que nous devinions ? Une scène primitive cachée que l’on pourrait appeler la construction sociale du soin. Car dans le malheur, dans l’intimité d’une maison, au bas d’une cage d’escalier, à la vue des corps déformés, il est des vies, dans leur plasticité, qui se révèlent à nous plus fragiles que d’autres. C’est d’ailleurs pour ces raisons que le photographe nous rapporte les dialogues qui se tiennent entre les médecins, les patients, et les membres de la famille. Comme le dit Nono, un médecin, qui tente de soulager une femme dont le mari vient de se suicider : on n’est jamais prêt, on croit l’être mais ce n’est pas vrai. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’il faut peu de temps dans l’action pour comprendre une vie. Une attaque cérébrale, des questions à la famille, des renseignements sur le travail de la victime, cela suffit en quelques heures à faire surgir l’envers du décor. France Culture, L’essai du jour, 1er septembre 2010 et marianne2.fr
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Dossier de presse
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INFORMATIONS
langue Français
20x24cm
144 p.
poids 758 g.
isbn 978-2-917824-10-8
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